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Une page se tourne

La maison d’édition Aldeia ferme ses portes.

Fermeture de la maison d’édition

Les idées, les livres et les voix qu’Aldeia a souhaité faire exister continuent leur chemin.

Une aventure éditoriale qui prend fin



La maison d’édition Aldeia ferme ses portes. 
Elle était née d’une envie simple : publier des livres qui méritaient d’être lus, faire exister des textes, des idées et des voix qui ne trouvent pas toujours leur place ailleurs.

Aldeia aura été une petite structure, avec des moyens limités. L’expérience aura été courte, mais riche d’enseignements. L’édition indépendante confronte rapidement les envies aux réalités très concrètes : le temps, l’énergie, les coûts de fabrication et de diffusion, mais aussi la difficulté à trouver sa place et à gagner en visibilité… Il faut parfois savoir regarder lucidement ce qu’une petite maison peut réellement porter et accepter qu’un projet arrive à son terme.

La maison s’arrête donc avec la satisfaction d’avoir fait exister les livres qu’elle a publiés et d’avoir accompagné leurs auteurs du mieux possible.

Le livre, un espace de liberté et de réflexion

Si cette aventure éditoriale prend fin, les convictions qui l’ont portée restent, elles, pleinement d’actualité. Et elles résonnent particulièrement dans le contexte politique que nous traversons, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Alors que les inégalités ne font que s’accentuer, la question de la liberté d’expression et de la pluralité des idées devient plus essentielle que jamais. Notre démocratie est fragile, et peut-être davantage en danger que nous ne voulons bien l’admettre.

Dans ce contexte, plus que jamais, continuez à lire ! 

Le livre reste une valeur sûre. Non pas parce qu’il détiendrait une vérité supérieure aux autres formes d’expression, mais parce qu’il impose quelque chose dont nous manquons cruellement : du temps. Le temps de lire, c’est prendre le temps de douter, de revenir en arrière. Le livre invite à ralentir là où tout nous pousse à réagir immédiatement. Il permet de poser les débats un peu plus sereinement, de faire une place à la complexité et de résister à l’instantanéité des opinions.

Le livre, parce qu’il est publié à un moment précis, porte nécessairement la marque de son époque et se retrouve vite « dépassé ». Mais face au flux continu d’informations qui nous submerge, le livre nous offre aussi une pause dans le temps. Il nous invite à regarder les choses autrement, avec la distance nécessaire pour en saisir les évolutions, les contradictions et les enjeux. Donc, si aujourd’hui tout va toujours plus vite, le livre nous rappelle peut-être l’importance de prendre le temps de penser. 

Publier autrement, faire entendre les idées

Il y a aussi une autre réalité qui nous préoccupe : la concentration croissante du secteur éditorial. Lorsque les moyens de production, de distribution et de promotion se concentrent entre les mains d’un nombre toujours plus restreint d’acteurs, les conditions d’existence et de visibilité des éditeurs indépendants deviennent plus fragiles. Avec elles, c’est la possibilité de faire entendre des propositions éditoriales différentes qui peut se réduire.

Pour autant, défendre cette pluralité ne signifie pas nécessairement défendre à tout prix une forme particulière de publication. Publier vient du latin publicare : rendre public, porter à la connaissance de tous, faire entendre une voix. Et cette ambition peut aujourd’hui prendre mille formes. Un livre, bien sûr, mais aussi un podcast, des publications sur les réseaux sociaux, une revue indépendante, une prise de parole publique ou une manifestation dans la rue.

Chacun, à son échelle, peut contribuer à faire vivre cet espace commun où les idées circulent et où les voix peuvent se faire entendre.

C’est peut-être là l’essentiel : ne pas laisser quelques-uns décider seuls de ce qui mérite d’être lu, écouté, regardé ou débattu. Préserver la possibilité de penser autrement, de créer librement, de s’exprimer sans renoncer à sa singularité. A l’ère de l’IA générative, chérissons notre singularité.

Merci à celles et ceux qui nous ont accordé leur confiance.

Merci aux libraires, lecteurs, partenaires et toutes les personnes qui ont contribué, de près ou de loin, à cette aventure.
Une petite maison d’édition peut avoir une existence discrète et néanmoins compter. Quelques livres, quelques rencontres, quelques lecteurs : cela suffit parfois à donner un sens à un projet.

La maison va maintenant refermer cette page. Mais nous ne refermons ni nos convictions ni nos envies de faire entendre des voix singulières. Car le plus important n’est pas de maintenir coûte que coûte l’objet livre, mais de préserver la liberté de pensée, d’expression et de création. Et cette liberté ne dépend pas uniquement de ceux qui possèdent les moyens de publier : nous avons tous, à notre échelle, les moyens de la faire vivre.

Les livres, eux, continueront leur chemin. Et les idées aussi.

Au-delà des frontières

ALDEIA, LE VILLAGE

C’est le poème « Filhos na rua » de l’écrivaine brésilienne Conceição Evaristo qui a donné à Aldeia son nom. Aldeia signifie « village » en portugais.

FILHOS NA RUA

[…]

O banzo renasce em mim
e a mulher da aldeia
pede e clama na chama negra
que lhe queima
entre as pernas
o desejo de retomar
de recolher para
o seu útero-terra
as sementes
que o vento espalhou
pelas ruas…

– Poemas da recordação e outros movimentos, de Conceição Evaristo

LES ENFANTS DANS LA RUE

[…]

Le banzo renaît en moi
et la femme du village
demande et clame dans la flamme noire
qui brûle entre ses jambes
du désir de reprendre
de recueillir vers
son utérus-terre
les semences
que le vent a éparpillées
par les rues…

– Poèmes de la mémoire et autres mouvements, de Conceição Evaristo (traduit par Rose Mary Osorio et Pierre Grouix)

Sur leurs traces…

La littérature a changé leur vie et ils ont changé la vie de milliers de lecteurs.

J’aime écrire des fictions comme si j’écrivais la réalité. J’utilise d’ailleurs un mot portugais qui correspond à cela, c’est “écrit-vie” plutôt que “écrivit” (« escrevivência »).

Conceição Evaristo

Née en 1946 dans une famille pauvre des favelas de Belo Horizonte au Brésil, elle est l’une des plumes les plus marquantes de la littérature brésilienne (publiée aux éditions des femmes et éditions Anacaona en France).

Quelque chose en vous meurt chaque fois. Quelque chose survit. Et la littérature est pour moi le seul moyen pour que les deux parties continuent de communiquer. Mais rien ne compensera jamais une heure de torture ou un jour de prison. Rien.

Aslı Erdoğan

Romancière turque et militante pour les droits de l’homme, Aslı Erdoğan est publiée aux éditions Actes Sud. Après plus de quatre mois d’emprisonnement, elle est libérée le 29 décembre 2016.

Avant, je pensais que les livres se faisaient comme ça : un poète arrivait, desserrait légèrement les lèvres, et de suite le benêt inspiré se mettait à chanter.

Vladimir Maïakovski

Poète russe, dramaturge, acteur, scénariste et affichiste, cet homme aux talents multiples est né en Géorgie dans une famille modeste. Il reste l’une des figures majeures de la littérature russe.

Le livre n’est pas un objet comme les autres.

Préserver la bibliodiversité est essentiel dans une démocratie : toutes les voix comptent. La bibliodiversité permet de créer un monde plus juste.

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